Sujet : Affreux, Sales et Méchants

Date de sortie : 15 Décembre 1976
Date de reprise : 8 Juillet 2009
Réalisé par Ettore Scola
Avec Nino Manfredi, Francesco Anniballi, Maria Bosco
Film italien. Genre : Comédie dramatique
Durée : 1h 51min. Année de production : 1976
Titre original : Brutti, Sporchi e Cattivi
Dans un bidonville à Rome, Giacinto règne en tyran sur sa nombreuse famille. Tous acceptent son autorité et sa mauvaise humeur, car le patriarche possède un magot que chacun espère lui voler. Chaque jour, il lui faut trouver de nouvelles cachettes et défendre son bien fusil en main. Lorsqu'il décide d'installer sa concubine dans le baraquement, la révolte gronde...




Brutti, Sporchi e Cattivi est la preuve indéniable que les Italiens sont bien les maîtres dans l'art de se moquer d'eux-mêmes. Cette plaisante faculté de l'esprit a permis aux années 1960, en parallèle de l'émergence ou de la confirmation du talent de grands cinéastes tels que Fellini, Antonioni, Rosi, Visconti ou Pasolini, de voir arriver sur les écrans une série de comédies formant le mouvement de la grande comédie italienne grâce entre autres à Monicelli ou Risi. Quelques années plus tard, Ettore Scola à son tour enfantera des comédies féroces dont Affreux, sales et méchants est un exemple parlant. En effet, en dépeignant avec un réalisme déconcertant les moeurs plutôt dissolues de cette famille vivant dans un bidonville, Scola parvient, eu travers d'un sujet hautement politique à procurer quelques fous rires bien sentis, un rire jaune car il masque aussi bien la pauvreté révoltante dans laquelle cette famille vit, mais aussi le peu de sens moral dont ils font preuve. Car Scola ne fait rien pour la rendre sympathique, cette petite tribu. Dominée par un patriarche acariâtre, aigri, paranoïaque et très porté sur la chose (Nino Manfredi est vraiment bluffant), toute cette famille va chercher tout au long du film à lui dérober sa fortune. Et tous les moyens semblent bons : entre un fils (pas si) travesti (que ça), un autre qui tente de lui extorquer de l'argent pas les bons sentiments, une belle-fille nymphomane modèle pour magazines masculins et bien d'autres encore, la galerie de portaits est on ne peut moins élogieuse. Rarement une comédie se sera permise d'être aussi subversive et immorale, et c'est jubilatoire. On ne s'ennuie pas une seconde et on se plaît à se dire qu'on a de la chance de ne pas les connaître. Résultat : une comédie acerbe, satirique et engagée enlevée et très drôle. Très réussi.
Ce film est un classique qui a déjà été commenté à de multiples reprises, souvent pour souligner ses qualités de description féroce de la vie des habitants d'un bidonville particulièrement insalubre, parfois pour en regréter l'outrance. En réalité, le génie de Scola tient moins dans sa capacité à alier pure comédie loufoque et drame social le plus sordide, mais à ménager de purs moments de poésie. Si on regarde de près la structure du film, il alterne les moments de dialogues et de scènes grivoises, obsènes, hautes en couleur, remplies de personnages aux aspirations plus passes les unes que les autres, et des moments de silence, de contemplation, où seule parle la musique. C'est par exemple, quand la jeune fille un peu innocente amène tous les enfants dans un parc à jeux, quand un de ces enfants ramasses difficilement une pierre, de l'autre côté de la grille, avant de la jeter une fois l'obstacle franchi. C'est surtout ce beau moment où l'infâme Giacinto (Nino Manfreidi) a des accés d'humanité, par exemple quand il rencontre la prostituée près d'un panneau publicitaire. Donc si ce film est si touchant, si juste, ce n'est pas seulement parce qu'il est cru, n'évitant aucun tabou pour décrire la perte des valeurs que la saleté est la pauvreté peuvent générer, mais parce qu'il arrive, au détours de rares mais ô combien importantes scènes, à transformer le cloaque en poésie.
http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=45.html
AVIS PERSONNEL :
Ce film est vraiment excellent, un must de la comédie italienne dans ses belles années. Nino Manfredi est ignoble à souhaot. Un pur régal à (re)découvrir à l'occasion de sa re-sortie.

"Saw heaven and hell were lies
When I'm god everybody dies"



