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Sujet : Gérard Manset : dernier grand poëte baudelairien ?

Auteur-compositeur-interprète: Gérard Manset

Il a écrit pour Indochine, Bashung, Sheller.. grand poète français moderne, écrivain, peintre, photographe... il passe sa vie en Asie, en Afrique. Très connu et reconnu par le milieu professionel. Il a arrêté de se montrer à la télé en 1986. Jamais fait de concerts, de promos. Il a public fidèle depuis 1968. Il écrit pour Raphaël : Sur la Route, Etre Rimbaud. Place aux textes!!

Pour ceux qui aiment Baudelaire, Rimbaud, Artaud, Pasolini, Sade, je vous le conseille! J'ai un facebook : gothik extrem

La mort d'Orion

Où l'horizon prend fin,
Où l'œil de l'homme jamais n'apaisera sa fin,
Au seuil enfin de l'univers,
Sur cet autre revers,
Trouant le ciel de nuit
D'encre et d'ennui
Profond,
Se font et se défont les astres.

Par delà les grands univers
Où les colonies de la terre
Prolifèrent
Et dans la grande nébuleuse noire
Dont, voici dix mille ans, fut l'histoire.

Depuis qu'ils cheminaient par dix et cent de milles
Pour délaisser la terre et ses anciennes villes,
Depuis qu'ils voulaient voir
Ce peuple fou, ailé, la nébuleuse noire,
Depuis donc et déjà tant de siècles passés
Qu'ils avaient délaissé
La terre,
Ce peuple solitaire
S'éprit de ses vestiges
Et voulu en revoir la tige.

Or, pendant que coulaient
Tous ces millions d'années
Sur la planète mère,
Les survivants damnés
Redoraient le parvis
De leur vie,
Cependant que croulait interminablement
Un bruit de poussière et de vent
Et que s'affaissait le béton
Que coulait le peuple d'Orion.

On a vu bien d'autres étoiles depuis,
Allumées comme au fond d'un puits.
Sur Orion que la mort attend,
Un prêtre fait asseoir les hommes à genoux
Et le peuple incompris
Prie.

Orion ne reverra plus jamais le pays
Et la lune, sa sœur, aura bien loin d'ici
Des ailes.
Les cieux comme un taudis,
Privés de leur dentelles
Baissent les yeux

Au milieu des cerisiers blancs,
Sur son cheval,
Le prêtre a des ciseaux d'argent.
Il a les mains couvertes de papier doré
Et le devant de son visage est décollé.

Les grands arbres se dressent, les yeux mouillés
Et leurs cheveux comme des tresses
Qui cachent le soleil,
Les fleurs sont comme des oreilles, décollées.

Nous,
Même si nos membranes fragiles
Nous rendent un peu moins agiles
Ensemble,
S'il faut venger nos morts,
S'il faut souffrir encore,
Nous incinèrerons leurs corps
Si on veut de nous encore, encore,
Si on veut de nous encore, encore.

Et l'autel est dressé
Sur ses deux mains, sur ses bras blessés,
Regardant vers le nord,
Les mains tendues comme une plante carnivore.

Et du plus loin que l'on entende les rires
Déjà morts au sortir de leur bouche de cire,
Il faut les laisser faire.
Ce ne sont que des mammifères
Dans ce monde de prose
Où rien ne tient quand on le pose.

Nous,
Même si nos yeux sont trop clairs,
Nous retournerons sur la terre
Ensemble.
Nous franchirons les mers
De notre planisphère,
Reprendrons nos mines de fer
Si on nous laisse faire,
Si on nous laisse faire.

Nous,
Même si nos membranes fragiles
Nous rendent un peu moins agiles
Ensemble,
S'il faut venger nos morts,
S'il faut souffrir encore,
Nous incinèrerons leurs corps
Si on veut de nous encore,
Si on veut de nous encore.

Orion,
Sentant sa fin venir,
Dressa ses habitants contre leurs souvenirs,
Contre leurs souvenirs.

Depuis longtemps,
Depuis longtemps
Riche de tout,
Ce peuple parasite
Auquel nous rendions visite
Souvent fit notre faillite.

D'où il les avait mis sur le sol d'Orion,
Il pointa ses canons la tête la première
Vers l'horizon puis vers la terre.

Par delà les plus hauts monts,
Au milieu des goémons,
Vit Salomon,
Pareil aux preux chevaliers teutoniques,
Comme les lépreux sataniques,
Et dont la descendance princière et millénaire,
Pour toujours, un jour quitta la terre.

C'est au creux d'une lagune
Dont il cheminait les dunes
Qu'un soir de lune,
Descendant du ciel en spirales,
Tombèrent les anges des étoiles.

Tenant à peine debout,
Ensevelis par la boue,
Le sable mou,
Leur semblant comme autant de serpents,
Ils détruisirent tout en un instant.

Depuis longtemps,
Depuis longtemps
Riche de tout
Comme un coquillage
Dont la coquille est sans âge,
Salomon ignorait d'autres rivages.

Par delà les plus hauts monts,
Au milieu des goémons,
Vivait Salomon,
Pareil aux preux chevaliers teutoniques
Comme les lépreux sataniques,
Et dont le descendance princière et millénaire
Pour couvrir son corps creusa la terre.

Les fossoyeuses marines
Trouveront dans sa poitrine
Tant de vermines
Qui malgré les prêtres d'Orion,
Se nourrissant de lui, revivront.

Depuis longtemps,
Depuis longtemps
Jaloux de tout,
Debout dans leurs caravelles,
Ce peuple aux formes nouvelles
Fit tomber nos citadelles
D'un coup d'aile.

Orion ne reverra plus jamais le pays
Et la lune, sa sœur, aura, bien loin d'ici,
Des ailes.
Orion n'aura jamais s'il faut, pleuré, grandi,
Quoiqu'aura bien vécu du moins à ce qu'on dit
Sans elle.
Les cieux comme un taudis
Privés de leurs dentelles
Baissent les yeux.

Nous,
Par le droit que nous donne notre âge
Réduisons nos fils à l'esclavage,
Ensemble.
Si demain chacun d'eux nous ressemble,
Il faudra faire en sorte
Qu'aucun d'eux ne ressorte
Du monde dont nous fermons les portes.

Que la légende d'Orion
Soit morte.



Elégie funèbre

Couvrez-moi de fleurs s'il le faut.
Laissez venir l'homme à la faux
Et si me coudre les paupières
Au moins ne me riez derrière
Moi.

Laissez me parler à l'oreille
Et faire miel de moi l'abeille
Et dans mon ombre, laissez vivre,
Quand bien même le bateau ivre
Sombre.

Croyez-moi, dans ce monde-ci,
Jamais on ne m'a dit merci.
Où que ce fut, où que ce soit,
Qui que ce fut, qui que ce soit,
S'en fut.

C'est pour ma chair fragile et morte
Que je prie de vous de la sorte
Qu'on ne m'ait pas en terre admis
Sans que l'on y descende aussi...

Que reste ici de mon passé
Dans ce caveau frais repassé
L'habit de noce et le carton
De ma langue et de mon menton
L'os.

L'ongle à peine de désigner
Faisant main comme l'araignée,
Les yeux se taisent et la cornée
Dessous l'arcade cimentée
Pèse.

Couronnez-moi de fleurs mauves
Si voyez que ma vie se sauve
Et des ténèbres ayez raison,
Lirez lumières de l'oraison
Funèbre.

Prenez soin de moi si pouvez,
Faites de vos bouches un ave,
Que Dieu le dépose ou l'apporte
S'il fut seul au pied de ma porte
Close.

Couvrez moi de fleurs s'il le faut.
Laissez venir l'homme à la faux.
Couvrez moi de fleurs s'il le faut...

Gérard Manset : Attends que le temps te vide
Attends
Que le temps te vide
Comme un œuf.
Sors de ta coquille
Comme un chien
Dans un jeu de quilles.
Oublie d'où tu viens.

Le fer ou la grille,
Le bâtiment neuf
Comme une arme brille
Dans ta main.
Sur le mur humide,
Trace
Ton chemin

Mais n'oublie pas
Que le temps te changera.
Non, n'oublie pas
Que le temps...

Attends
Que la vie t'ait prise
Dans sa main,
Que ton poing se brise
Contre le sien.
L'habitude est prise.
On sait d'où tu viens

Mais le fer ou la grille,
C'est la porte qui s'ouvre enfin,
L'ombre d'une fille
Qui court le long d'un train.
Dans ce jeu de quilles,
On te tire,
On te tient

Mais n'oublie pas
Que le temps te changera.
Non, n'oublie pas
Que le temps...
Dans ce jeu de quilles
On te tire...





Gérard Manset : 2870
Rien qu'un enfant triste
Qui sait qu'il existe,
Un navire ancré dans le ciel
Qui vit dans l'ombre du soleil,
Une table mise au centre d'une vie nouvelle.

Un jardin désert,
Une ville en verre
Qu'elle lui couvre les épaules,
A cheval sur un tas de tôles,
Qu'elle soit pour lui, la vue, la vie et la parole.

Un escalier vide.
Son sang se vide.
Dans une cage on le glisse.
Les murs sont blancs, les murs sont lisses.
Qu'il ferme les yeux, qu'il meure en l'année
Deux-mille-huit-cent-soixante-dix.

Rien qu'un enfant triste
Qui sait qu'il existe,
Un navire ancré dans le ciel
Qui vit dans l'ombre du soleil,
Qui n'entendra jamais l'appel
De vie, de mort ou de détresse.

Une tour immense,
Le froid, le silence,
Des cris de haine et de vengeance,
Le navire qui se balance,
Un million d'années lumière plus loin
Qu'un enfant triste sans défense.

Rien qu'un enfant triste
Tombé sur la piste
Qui mène en haut de l'édifice,
La peau tendue, le ventre lisse,
Qu'il ferme les yeux, qu'il meure en l'année
Deux-mille-huit-cent-soixante-dix.







Gérard Manset : Il voyage en solitaire
Il voyage en solitaire
Et nul ne l'oblige à se taire
Il chante la terre
Il chante la terre
Et c'est une vie sans mystère
Qui se passe de commentaire
Pendant des journées entières
Il chante la terre
Mais il est seul
Un jour
L'amour
L'a quitté, s'en est allé
Faire un tour
D'l'autr' côté
D'une ville où y avait pas de places pour se garer.

Il voyage en solitaire
Et nul ne l'oblige à se taire
Il sait ce qu'il a à faire
Il chante la terre
Il reste le seul volontaire
Et puisqu'il n'a plus rien à faire
Plus fort qu'une armée entière
Il chante la terre
Mais il est seul
Un jour
L'amour
L'a quitté, s'en est allé
Faire un tour
D'l'autr' côté
D'une ville où y avait pas de places pour se garer.

Et voilà le miracle en somme
C'est lorsque sa chanson est bonne
Car c'est pour la joie qu'elle lui donne
Qu'il chante la terre.





Gérard Manset :Y a une route
Y a une route.
Y a une route.
Tu la prends. Qu'est-ce que ça t'coûte ?
Y a une route.
Y a même un chien qui court,
La tête entre les mains.
Y a une route.
Tu sais, y a pendant des années
Des gens qu'ont vécu l'dos tourné
Sur une route abandonnée
Avec des marronniers sauvages
Qui jettent leurs fruits plein l'paysage.
Y a une route comme une blessure.
On verrait l'os de ton visage.

Y a une route.
Y a une route
Avec des champignons qui poussent
Et qui font la neige et la mousse.
Y a une route qui coupe la brousse.
Y a une route emplie d'oiseaux
Aux yeux malades
Qui regardent vers l'équateur
D'où vient la fumée qui fait peur,
D'où vient la fumée qui fait peur.

Y a une route.
Y a une route.
On marche dessus. Y a pas d'tapis
Y a des fleurs comme des anémones
Qu'attendent la pluie.
Y a une route.
Tous les dix ans, y a un marin
Qui jette l'ancre au café du coin,
Qui parle de voyage et plus loin,
Après la route, faut prendre le train.
Tu descends dans le p'tit matin
Avec ta valise à la main.
Y a tellement d'bruit q't'as plus d'oreilles
Pendant qu'la fumée mange le ciel.

Puis finalement tout est pareil parc'qu'
Y a une route.
Tu la longes ou tu la coupes.
Tu t'allonges et on t'passe dessus
Ou tu t'lèves et on t'tire dessus.
Y a une route. C'est mieux que rien.
Sous tes semelles c'est dur et ça tient.



Gérard Manset : Marchand de rêves
Marchand de rêves
Avec ta barque creuse
Entourée de femmes malheureuses,
Marchand de rêves
Au bord du lac de sang,
Y a plus personne debout
Quand le soleil descend
Et tous les enfants jaunes
Aux yeux de faune
Comme des ballons qui crèvent
Marchand de rêves.

Marchand de rêves,
Va t'en plus loin encore
Jeter ta poudre dehors.
Y a plus personne debout dans les rues.
Y a plus personne dans les rues d'Angkor.
Au milieu des danseuses
Aux lèvres recourbées,
On voit les ongles, les doigts
De ceux qui sont tombés.

Marchand de rêves,
Au bord du lac de sang
Y a plus personne debout
Quand le soleil descend
Avec ta poudre rouge,
Tes yeux d'or, ta barque
Et les enfants qui bougent encore
Au fond du sac.

Marchand de rêves
Va t'en plus loin encore.
Au fond de yeux fendus
Dans les yeux d'or
Y a plus personne debout..

Marchand de rêves,
Va t'en plus loin
Frappe plus fort
Dans un silence de mort.
Y a plus personne debout dans les rues...

Marchand de rêves,
Va t'en plus loin, toujours
Avec ta barque sur la grève.
Marchand de rêves
Laisse tomber au fond du sac
Les têtes coupées
Qui chantent encore.
Y a plus personne debout
Dans les rues d'Angkor.

Gérard Manset: Matrice
Les enfants du paradis
Sont les enfants sur terre
Alignés comme radis
Contre leur mère

Les enfants du paradis
Sont les enfants sur terre
Aux paupières arrondies
A l'iris délétère

L'iris délétère

Ils sont venus sur terre
Sans rien demander
Comme une pluie d'hiver
Sur une ville inondée

Est-ce pour nous aider
A supporter la peur du noir
Le tremblement de nos mémoires
Le choc de nos machoires ?

Renvoyez-nous d'où on vient
D'où on est né d'où on se souvient
Des perles de tendresse
Sanglots de l'ivresse

Renvoyez-nous d'où on vient
Sans le moindre mal vous le savez bien
Qu'on n'a pas vraiment grandi
Le sang nous frappe les tempes

Matrice tu m'as fait
Dans son lit défait
Matrice tu m'as fait
Mal... le mal est fait

Matrice

Renvoyez-nous d'où on vient
Par le même canal le même chemin
De l'éternelle douleur
De la vallée des pleurs

Renvoyez-nous pour notre bien
On n'en veut pas plus on demande rien
Que nager dans le grand liquide
Comme un tétard aux yeux vides

Matrice tu m'as fait
Dans un moule parfait
Matrice tu m'as fait
Mal... le mal est fait

Matrice

Matrice tout compte fait
Tu sais le monde est tout fait
Plus tu vas vers l'infini
Plus tu sais que c'est fini

Matrice tu m'as fait
Mal... le mal est fait
Plus tu vas vers l'infini
Plus tu sais que c'est fini

Matrice...
Matrice...
Matrice...
Matrice tu m'as...
(ad libitum)


Gérard Manset - L'enfant Soldat
Enrôlé de force
Quelques coups de crosse
Sur un visage d'enfant
C'est comme un fruit qui se fend
Dans la jungle pire encore
Mais que rien n'interdira
Vivant dans son trou comme un rat
Mais que rien n'interdira
Car j'ai vu son visage
Dans le delta et la mangrove
Et la pourriture des villes
Nouveau Tchernobyl
De bave et de bile
Mais à nos portes qui se presse
Le chloroforme et la compresse
Dans la jungle pire encore
Mais que rien n'empêchera
Vivant dans son trou comme un rat
Vivant comme un enfant soldat
Car j'ai vu son visage...
Kilomètre 20
Ils étaient bien vingt
Les cheveux rouges comme de l'étoupe
Avec la machette, le coupe-coupe
Je l'ai posé près de la route
C'est cette eau sale qu'il a bue
Cadavres de chiens, de zébus
C'est cette eau sale qu'il a bue
Car j'ai vu son visage...
Une chaleur atroce
Le ciel qui se teinte en gris
Enrôlé de force
De Lagos à Conakry
Quelques coups de crosse
Ces lèvres noires qui me sourient
Dures comme de l'écorce
De Lagos à Conakry
Dans la jungle pire encore
Car j'ai vu son visage




Gérard Manset : Comme Un Guerrier

Comme un guerrier
Qui perd son bras,
Son œil au combat,
A chercher le choc,
Fendre le roc

Comme un guerrier qui tombe.
Un pied dans la tombe,
On se fait mal
Et sifflent les balles,
Le vent, la mitraille,
Le pont, les rails.

Dessous la riviêre
Rapide et fière
Rapide et fière.
Une barque t'attend
Et l'indienne est dedans
Avec ses cheveux noirs,
Ses dents d'ivoire.
On a rien à se dire.
Ensemble, on va fuir,
Ensemble, on va fuir.

Comme un guerrier,
Le crâne bandé,
Qu'a plus qu'une heure à vivre
Sur la toile du sac,
Quand la fiêvre monte
Au fond du hamac,
C'est comme un guerrier qui raconte sa vie.
Nous prendrons nos fusils,
Marcherons sur l'Asie
Afin de voir s'ils sont heureux,
Afin de voir s'ils sont heureux.

Comme un guerrier,
Condamné, condamné,
Le crâne rasé,
Sous la pluie, l'averse,
Y a le pont qui traverse.
Dessous la riviêre,
Rapide et fière.
La barque t'attend
Et l'indienne est dedans
Avec les fusils,
De la poudre et du plomb.
Et y a le garçon blond
Qu'on traîne avec soi
Malgré ses cheveux de soie.
Nous prendrons nos fusils.
Nous savons nous battre aussi
Afin de voir s'ils sont heureux,
Afin de voir s'ils sont heureux.

Comme un guerrier
Qui perd son bras,
Son œil au combat
Mais quand tu t'éveilles,
Que tu vois la bouteille,
La lampe brisée
Sous la moustiquaire,
Alors, t'as perdu la guerre
Et l'indienne est partie.
Elle a jamais vu la mer.
Tu lui avais promis.
Elle en a marre de la misère.
Elle voulait voir les lumières de la ville.
Elle voulait voir les lumières de la ville.

Comme un guerrier
Condamné, condamné,
Avec son œil de verre
Mangé par les vers,
Percé de flêches empoisonnées,
Condamné, condamné,
Avec les ailes brisées.

Tu resteras seul
Avec des mouches plein la gueule,
Les semelles collées
Tu sentiras dans ton dos
Glisser les anneaux
Du serpent froid
Ce s'ra la derniêre fois.
Sur la grande riviêre,
Le paradis sur la Terre.

T'as l'indienne qui court,
Qui hurle à l'amour,
Aux pierres aux ronces,
Et qu'a pas de réponse,
Et qu'a pas de réponse.
Alors, tu te sens si vieux,
La main devant les yeux.
Le mal te guette
Et ce soir peut-être,
Sous le million d'étoiles,
A pleurer sur le sac de toile,
A pleurer sur le sac de toile.




Être Rimbaud

Etre Rimbaud, ni laid, ni beau,
comme pied bot et roder dans la ville
avec le rire cruel et le regard haineux.
Être de ceux jamais contents,
jamais heureux,
au long des quais mouillés,
allant comme un noyé de la maladie bleue
car l’homme n’est pas aimé.

Qui cherche la vraie vie ?
Bientôt le pont-levis
de l’amour est tombé,
la herse de l’envie
du désir malmené
sur le torse appauvri
du poète est tombé.

Etre Rimbaud, ni laid, ni beau,
comme cabot
et cracher le venin
comme d’autres respirent
ou se tiennent la main
car l’homme n’est pas aimé.
Non l’homme n’est pas aimé,
car l’homme n’est pas...

Etre Verlaine, juste un matin,
une semaine, pour connaître la faim
pour connaître la peine
et ça jusqu’à la fin

car l’homme n’est pas aimé.
Non l’homme n’est pas aimé,
car l’homme n’est pas...

Et la faim faut connaître,
à la fin faut connaître,
c’est la fin faut connaître,
pour connaître la foule,
pour connaître la haine,
pour connaître la foule,
pour connaître la haine.

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La mémoire des jours

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Peut-être a-t-il rêvé ?

Il vit très bien sans elle
la ville n’a pas changé
le matin il descend
comme on donne à manger
à un petit enfant
son ventre se rappelle

Puis il ouvre un journal
sans le vouloir vraiment
tout ça lui est égal
un morceau de métal
dans sa gorge est planté
mais il semble vivant
peut-être a-t-il rêvé

Comme dans un songe on croit trouver de l’or
au matin au réveil
c’est un peu de soleil
fondu au matin

Il vit très bien ainsi
comme dans un flocon
qu’importe le flacon
pourvu qu’il ait l’ivresse
alors il se redresse
peut-être a-t-il rêvé

Comme dans un songe on croit trouver de l’or
au matin la tendresse
c’est un corps dans les draps
qui dort au matin

Il sait qu’elle reviendra
la chambre n’est pas faite
comme quand elle était là
brûlure de cigarette
sur le meuble de bois
peut-être a-t-il rêvé

Comme quand on croit que tout peut arriver
au matin au réveil
c’est un peu de soleil fondu
au matin au réveil



Les îles de la Sonde

T'as pas vu les îles de la Sonde,
Les poissons volants qui retombent
Sur le fond de la barque ronde,
T'as pas vu les îles de la Sonde.

T'as pas vu les îles de la Sonde,
Les femmes au sourire de Joconde
Comme au premier matin du monde.
T'as pas vu les îles de la Sonde.

Mais tu peux partir quand même.
Y a des poissons qui t'emmènent.
Poissons d'argent,
Poissons volants,
Poissons de feu,
Poissons de glace,
Poissons aux ongles qui cassent.

T'as pas vu les îles de la Sonde.
Elles t'attendent à l'autre bout du monde.
Moitié dans l'eau, moitié dans l'ombre,
Moitié dans l'eau, moitié dans l'ombre.

Mais tu peux partir quand même.
Y a des poissons qui t'emmènent,
Poissons d'argent,
Poissons volants,
Poissons qui plongent,
Poissons qui nagent,
Poissons venus du fond des âges,
Poissons aux longues chevelures,
Dauphins bleus sur fond d'azur.


L'enfant qui vole

J'ai suivi l'enfant qui vole
Au-dessus de la sciure.
Pour elle, pas d'école,
Pas de chaussures.
Quand les feuilles tombent,
Le cheval s'arrête
Et le nain, triste,
Allume le bord de la piste.

J'ai suivi l'enfant qui vole,
Qui cambre les reins,
Debout dans la camisole,
Le maillot de satin.
Quand le matin vient,
Qu'elle quitte la piste,
Que le nain, triste,
L'emmène.

J'ai suivi l'enfant qui glisse
Au-dessus des visages,
Rêvé de son ventre lisse
Comme un coquillage,
Quand le matin vient
Qu'elle quitte la piste
Que le nain, triste,
L'emmène

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