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Sujet : Alucarda

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Alucarda - 1975
(Alucarda, la hija de las tinieblas)
Origine : Mexique
Genre : Horreur

Réalisé par Juan Lopez Moctezuma.
Avec Claudio Brook, Tina Romero, Susana Kamini, David Silva, Tina French, Lili Garza.

Mexique, 1850. Dans un temple abandonné au coeur de la forêt, une femme accouche, avec pour seul témoin un bohémien aux allures de faune. Elle met au monde une fille, Alucarda, avant de rendre l'âme, non pas à Dieu, mais à Satan, dont elle était sous l'emprise. Pour que ce pacte qui a lié la pauvre femme aux forces des ténèbres ne se renouvelle pas, elle a confié son enfant aux gitans afin qu'ils s'en occupent, jusqu'au jour où elle pourra rentrer dans un couvent.
Environ dix huit années se sont écoulées. Justine, fraîche orpheline, arrive au couvent. Elle est accueillie par la mère supérieure et Soeur Angelica, qui la prend tout de suite en sympathie. Elle fait ensuite connaissance d'Alucarda, qui partage sa chambre. Celle-ci est un peu sauvage, se sent proche de la nature, et a des penchants morbides. Les deux jeunes filles se lient d'amitié, et consacrent une bonne partie de leur temps à des activités champêtres. C'est au cours d'une de leurs escapades qu'elles rencontrent un jour un bohémien bossu, dans la forêt. Ce dernier les attire jusqu'à une caravane de gitans où se trouve entre autres une diseuse de bonne aventure. La vision de l'avenir des deux orphelines effraie la voyante. Alucarda et Justine poursuivent leur route qui les conduit dans un village abandonné, là où se dresse encore le temple qui a vu naître Alucarda. Bien involontairement, elles vont réveiller les forces maléfiques qui demeuraient confinées dans le tombeau renfermant les ossements de la mère d'Alucarda.
Plus tard, dans leur chambre, et en présence du tzigane rencontré dans la forêt (ressemblant lui aussi à un satyre), les deux pensionnaires du couvent scellent leur amour déclaré par un pacte de sang. En conséquence, la malédiction dont Alucarda avait hérité de sa mère va également s'abattre sur Justine.

   

Il y a 31 ans, le Festival International de Paris du Film Fantastique présentait quatre films consacrés au thème de la sorcellerie. Le plus célèbre, "Suspiria" était hors-compétition. Les trois autres, en lice pour la Licorne d'Or, étaient "Emilie, l'Enfant des Ténèbres", "La Pluie du diable" et "Alucarda". Aucun des trois n'obtînt la récompense suprême, mais de toutes ces oeuvres une seule tomba véritablement dans l'oubli. Jusqu'en 2002, et l'apparition de l'éditeur "Mondo Macabro", dont le premier titre au catalogue allait justement être "Alucarda". Ce film, réalisé par le mexicain Juan Lopez Moctezuma, ne traite pas, comme son titre pourrait laisser l'entendre, du vampirisme. Tout juste en reprend-il quelques idées, comme les gitans, par exemple. Etroitement liés au Comte Dracula dans l'oeuvre de Bram Stocker, les romanichels sont ici en quelque sorte les intermédiaires entre le Diable et les âmes humaines convoitées par le Maître des Enfers. Mais si l'on a pu lire que l'oeuvre de Moctezuma était inspirée du "Carmilla" de Sheridan Le Fanu, en raison à cause de l'amitié perverse unissant les deux héroïnes, le cinéaste avouait quant à lui que l'idée de son film tirait son origine de "La Sorcière" de Michelet.
Mais "Alucarda" est avant tout un film d'auteur, pas un remake de "L'Exorciste", ni un simple "nunsploitation". Non, il s'agit là d'une oeuvre singulière, mêlant fantastique, horreur pure, poésie et surréalisme. Le fait que Moctezuma ait produit "Fando et Lys" ainsi que "El Topo" peuvent expliquer le côté surréaliste de "Alucarda". Toutefois, le film apparaît bien moins hermétique que "El Topo" ou "La Montagne Sacrée". Contrairement à Jodorowsky, Moctezuma exprime ses idées d'une manière différente, le message qu'il veut faire passer est plus direct ; et il se base sur ses conceptions religieuses pour donner à son film une beauté picturale unique. Certaines images de "Alucarda" semblent provenir de tableaux de maîtres, des peintres classiques vénérés par le réalisateur, tels Ingres, Rembrandt, ou encore Goya. Une influence qu'il est parvenu à retranscrire de façon surprenante, tant dans les scènes extérieures que dans les passages dans le couvent.
L'apport de l'horreur, en opposition avec la splendeur du cadre, ne fait qu'amplifier le contraste qui se met en place lorsque Justine (symbolisant l'innocence et la pureté, comme l'héroïne de Sade) et Alucarda deviennent les proies du Diable. Il est intéressant, à ce titre, de suivre l'évolution des deux personnages à partir du moment où Satan s'empare de leur destinée. Mentalement et physiquement, cette évolution s'avère bien différente, entre une Justine "vierge" de tout antécédent maléfique, et une Alucarda portant en elle la malédiction de sa défunte mère. De ce fait, la seconde (vêtue de noir, en contraste avec les tenues blanches des nonnes) réagira mieux au mal, même si au final toutes les deux connaîtront un destin identique.
A ce propos, il conviendrait de ne pas considérer cette oeuvre comme un pamphlet contre la religion, et pas plus contre l'homosexualité.
Tout d'abord, eu égard à la religion, Moctezuma a manifestement abordé son film sous le ton de la neutralité. La lutte entre le Bien et le Mal se double d'ailleurs d'un combat opposant la science à l'obscurantisme. Dans ce double combat, il est intéressant de noter que Claudio Brook, incarnant deux rôles (le gitan bossu et le Docteur Oszek), se pose les deux fois en adversaire de l'Eglise Catholique. Mais le but de Moctezuma était avant tout de montrer les dérives du fanatisme (et donc de la violence) sans pour autant condamner la religion. Les prêtres et les religieuses du couvent ne sont d'ailleurs pas dépeints comme des personnages foncièrement antipathiques, mais plutôt comme des êtres croyant fortement en leurs convictions, et dont le zèle les conduit à des actes inconsidérés, de l'automutilation jusqu'à l'impressionnante scène d'exorcisme. Mais la dévotion, c'est aussi l'amour du prochain, exprimé ici par Soeur Angelica, dévouée corps et âme pour sauver Alucarda et Justine. Deux scènes expriment de façon saisissante cette dévotion allant jusqu'au sacrifice. La première voit un combat à distance entre Soeur Angelica, lévitant dans sa chambre, affrontant les organisateurs d'un rite païen se déroulant dans la forêt, et qui tourne rapidement à l'orgie. Les vêtements blancs de la nonne(en fait une succession de bandes donnant aux religieuses un aspect de momie) virent progressivement au rouge. Peu à peu, les habits des nonnes prendront une dominante vermeille, révélateur des stigmates de leur lutte contre le mal.
Bien sûr, l'amour que porte Angelica, essentiellement pour Justine, n'est pas uniquement platonique. On sent la religieuse tenaillée par une passion charnelle, mais celle-ci restera à jamais enfouie. L'homosexualité féminine est donc bien présente, et concrétisée à travers l'affection que se portent Justine et Alucarda. Certains ont pensé que Moctezuma condamnait l'homosexualité dans son oeuvre, en partant du postulat qu'elle était liée au satanisme, et que par conséquent, il fallait la combattre, soit par la religion (le Père Lazaro), soit par la science (le Docteur Oszek).
En aucun cas le réalisateur a voulu condamner l'homosexualité féminine. Ce qu'il condamne, c'est l'intolérance, la violence, et les préjugés. Par ailleurs, Moctezuma, qui trouvait le corps féminin plus beau et harmonieux que celui de l'homme, préférait une scène d'amour avec deux femmes pour ces considérations esthétiques. Le réalisateur pensait aussi que les femmes étaient plus réceptives que les hommes à la magie, qu'elles avaient une rationalité différente. Dans la mesure où il voulait faire un film traitant de la magie, il paraissait évident que les personnages principaux seraient des femmes.
La relation qui unit Justine et Alucarda, autant perverse que profonde, rappelle celle d'Anne et Lora dans "Mais ne nous délivrez pas du mal" (Joël Séria), et donc Pauline et Juliet dans "Créatures Célestes" (les deux films étant adaptés d'un fait divers). Mais dans "Alucarda", Moctezuma explore avant tout les sujets qui le fascinent : la magie, l'art pictural, l'érotisme féminin, et aussi le sang, le feu, le fanatisme de l'homme.
Le film comprend pas mal de scènes "gore". On retiendra entre autres Justine se dressant hors de son tombeau, le cercueil rempli de sang ; le Père Lazaro décapitant une nonne censée être morte après avoir été consumée, mais qui continue de bouger ; et le final dans lequel Alucarda libère toutes les forces de l'Enfer dans le couvent, transformant les nonnes en torches animées, vision apocalyptique évoquant la fin de "Carrie".
Pour ce qui est de ses interprètes, le duo Tina Romero / Susana Kamini est impeccable, jouant sur l'érotisme et l'horrifique avec beaucoup de conviction. Susana Kamini a été présente dans la plupart des films de Moctezuma. C'est ici qu'elle a le rôle le plus important de sa carrière. L'acteur le plus connu dans "Alucarda" est cependant Claudio Brook. L'homme fut un pilier du cinéma mexicain, et même international. Remarqué dans des films-bis comme la série des "Neutron", puis dans "Coplan sauve sa peau", on a pu également le voir en vedette dans "Viva Maria" et même "La Grande Vadrouille". Il est décédé en 1995, la même année que Juan Lopez Moctezuma, deux ans après avoir figuré dans "Cronos", le premier film de Guillermo Del Toro.
"Alucarda" est un film fascinant, à la fois beau et terrifiant, qui aborde le thème de la possession d'une façon très personnelle, et dans lequel l'horreur succède à la poésie dans une incroyable harmonie.

   

A propos du film :
Egalement connu sous les titres "Sisters of Satan", "Innocents from Hell", "Mark of the Devil 3".


http://films.psychovision.net/critique/alucarda-929.php

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"Saw heaven and hell were lies
When I'm god everybody dies"

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