Sujet : Cabaret des Ames, partie 1
Coucou!
Cela faisait quelques temps que je n'avais pas posté de nouvelles!
Je poste donc la partie une du Cabaret des Ames, la nouvelle accompagnant le projet musical Sweet Dead Corpse (http://www.myspace.com/sweetdeadcorpse ) (La première chanson en écoute sur le myspace illustre cette partie ;-)
J'espère que vous apprécierez ce texte... :)
Bonne lecture!
Le Cabaret des Ames, Partie 1
Putréfaction, Fin et Début.
« __Longtemps, je me suis demandé comment sortir de ma bière. J’ai vu la terre s’immiscer entre les phalanges, senti le goût âpre des plantes pourrissantes, se nourrissant du suc putride de la chevelure. La caillasse vulgaire a pénétré mes chairs gondolantes et j’ai goûté à la racine du cyprès, enveloppant ma langue, nouant mes lèvres, déracinant mes dents les unes après les autres.
De mes yeux ont jaillis des pissenlits et le collier légué par ma mère s’est arraché à mon cou et à sombré dans la glaise. La terre a envahie mes poumons, a tapissée les parois de mon corps. Ma petite robe blanche s’est collée à moi, avalée par la chair, recouvrant parfaitement mes os, les enveloppant d’un carcan de coton : de quoi créer des habits pour les vers. Les vers ! Les mouches ! Les coléoptères, divers et variés. Ces magnifiques papillons couleur arc-en-ciel sont avant tout les protagonistes de la décomposition ultime, avalant les humeurs chargées des cadavres. De mon propre corps ! J’ai senti la nymphe noire du calliphora glisser entre mes côtes, creusant ses galeries comme autant d’humains taillant des maisons troglodytes. J’ai senti la bouche des mouches dévorer la mienne, piétiner mes pupilles de leurs pattes crochues. Lentement, les larves ont glissé derrière mes orbites, ont consommé le suc visqueux du globe oculaire. Pernicieusement, j’ai perçu leur mouvance, l’ondulation de leurs corps longs frotter mes chairs intimes, remontant le long de la paroi vaginale. Le sperme de la mort ! J’ai senti leurs anneaux poisseux coller mes ovaires naissants, déchirer mon bas-ventre, le lacérer pour nourrir des hordes de progénitures remuantes.
Et c’est ainsi que j’ai attendu, de longs mois durant, que l’on vienne me délivrer de ce néant. Je me faisais animal, traquant le moindre pas, la moindre voix dans le cimetière populaire. Mais rien, si ce n’est la sève engluant les marbres, ne venait perturber les plaintes des cadavres. Pourtant, Dieu doit savoir que sous terre, se trame le plus horrible des orchestres. Les mandibules se ferment et se referment sur la peau putréfiée, les larves fourmillent, gesticulent, bourdonnement poisseux résonnant dans l’obscurité fangeuse. Au sol, les mouches s’enivrent des gaz odorants de la putréfaction. Leurs essaims assombrissent les dalles brillantes des nobles décédés et fondent sur les morceaux de chairs ramenés à la surface par des régiments de chenilles voraces.
Les hordes grouillantes crissent, suppurent, mouvements visqueux sur mon cadavre offert à cette faune étrange. Le ballet des asticots ne cesse jamais et dès lors les mouches parties, les Anthènes prennent la suite finissant de consommer tendons, membranes, poils… Mon corps se relâche, exhale le parfum de la carcasse luisante et lubrique, gonflée de viscosités. Je pourris, ô mon dieu… Adieu la vie, adieu le jour. Je suis morte. Etrangement, je suis toujours consciente et en vie malgré tout… Seul mon endocarpe n’est plus.
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Des coups de pioches, des pelles, des voix d’hommes, de la cendre qui tombe de leurs cigarettes, des voix ribaudes, grasses. Les quolibets s’enchaînent, ils se moquent du petit cadavre informe et leurs commentaires sont sans appel :
« __ Et voilà le corps de mademoiselle Camille Garnier, gamine née en 1894, orpheline de père et de mère. On va la bouger de là, on va la mettre à la fosse. Aller on l’enlève. Faites attention les gars, elle est encore un peu gonflée à certains endroits. »
Les pioches se sont enfoncées dans mon ventre, dans mon bassin, défaisant mes fémurs, explosant mes jambes, brisant mes membres. Le pic de métal s’est gravé dans mon crâne, mes orbites envolées, l’arrête saillante de mes joues défoncée.
« __Foutredieu, elle pue la môme dis-donc ! C’est horrible ! »
Les fossoyeurs m’ont acheminé vers le bourbier infernal où j’ai côtoyé la misère des autres, partagé les dernières liqueurs contenues dans mes os avec mes compagnons d’infortune. Socialisme exacerbé…Le soleil m’a séché, dorloté dans les senteurs putrides. J’ai pu entendre à loisir le bourdonnement des mouches vertes et bleues flâner le long des corps comme les enfants marcheraient dans les allées peuplées de fleurs. Ambiance bucolique du cimetière...
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J’ai entendu des cris de femmes, des râles d’hommes. J’ai parcouru l’infernal lisier de putréfaction, étouffé les cadavres, piétiné leurs têtes défoncées. Je me suis engluée les mains dans les liquides jaunâtres où les humeurs boueuses et acides ont dévoré mes phalanges. Mes ongles se retournaient dans cette fange glauque, s’arrachant au même titre qu’au-dessus de mon corps en pièce volaient les os. Mes yeux se déchiraient sous les fragments de squelette tandis que ma bouche effleurait les corps gondolés et gonflés. J’ai eu droit à la saveur du trépas, les larves pénétrant ma bouche comme le sexe lubrique d’un homme. J’ai goûté au prépuce de la mort, avalé son sperme chargé de vers et mon ventre a glissé sur les appendices noués. Verges turgescentes, apoplectique, saturées de sucs divers.
Ils ont essayé de me violer, de tâter mes chairs tantôt moelleuses tantôt rigides, ma peau froide et marbrée de veines bleues. Ils ont ôté les cotons et j’ai senti leurs doigts sans viandes tenter de perforer un hymen inexistant, s’immisçant en moi, fouillant mon intimité rappeuse et sèche.
J’ai continué ma progression dans le catafalque morbide, évitant de m’arrêter lorsque je sentais les morts tenter de m’envelopper de leurs bras décharnés. Toujours plus bas, des cris, de la jouissance comme ces catins dans bas-fonds, lubriques et ouvertes à tous. J’ai humé l’étrange odeur du stupre et de la cyprine au même titre que celle de la sueur.
Mes lèvres se heurtaient à leurs sexes, chacun des mâles y déposant leurs semences avariées, inondant mon visage d’une pâte ocre et visqueuse. Je n’y voyais plus rien dans cette mélasse de chairs. J’ai tenté d’essuyer mes yeux, sans succès. Je portais sur moi le masque de la turpitude sans arriver à m’en défaire.
« Je ne suis qu’une enfant ! » Hurlais-je à l’assemblée grouillante.
Le suintement des vers, les détonations des organes dans ce trou ignoble, les gaz, eux seuls semblaient prendre en compte mes plaintes.
J’ai creusé, me rapprochant toujours un peu plus de ces hurlements, ne sachant plus à force discerner la jouissance de la douleur. A mesure que j’avançais dans le marécage de cadavres, ceux-ci n’étaient plus qu’ossements, certains germant, laissant quelques mousses orner la paraison écrue de leurs fémurs.
J’ai continué à gratter la terre et les défunts, la chair et les os s’enlisant dans mes ongles, dans mon corps tout entier. A force de persévérance, j’ai fini par tomber dans une drôle de succursale voûtée. Quelques bougies éclairaient faiblement les lieux faits de murs en pierre noire, suppurants une matière épaisse et gluante que je devinais être les humeurs toxiques des trépassés.
Je me suis avancé, réajustant ma robe, considérant le sang sur mes jambes maigres, enlevant le liquide poisseux collé à mon visage, à ma bouche, jusque dans mes cheveux.
Tandis que je marchais dans l’obscurité nébuleuse et nauséabonde, je découvris quelques enfants adossés aux voûtes des murs luisants. Leurs corps décharnés et faméliques étaient couverts de bubons violets. Leurs plaintes faibles, presque silencieuses, murmuraient d’ineffables paroles.
__Comment tu t’appelles ? Qu’est-ce qui t’arrive ?
__Qui es-tu ? Tu es l’une des mortes de là-haut ? Peina à articuler le jeune garçon.
Une écume rougeâtre perlait au coin de ses lèvres et c’est à peine s’il parvenait à fermer les yeux tant ceux-ci se convulsaient.
__Où est ta maman ?
__Là-bas, avec les autres.
Je me relevais lentement, ma main efflanquée appuyée sur le genou flasque du garçonnet. Au loin, les ombres valsaient sur les murs. Les silhouettes des corps dansaient sauvagement dans cette étrange caverne.
__Je reviens !
__N’y vas pas ! S’écria alors le petit malade. Et c’est avec la force du désespoir que sa main froide s’agrippa à mon mollet pour tenter de m’empêcher d’avancer. Un bruit sinistre, craquement sec, déchira le morne silence et les larmes de mon nouveau compagnon vinrent me sortir de la torpeur curieuse dans laquelle je me trouvais. Je constatais nonchalamment que sa main tâchée de pustules violettes se tenait cramponnée à ma jambe, loin du corps de son propriétaire. Je pris les doigts fins du jeune enfant et lui rendit son bien, penaude. A ma grande stupéfaction, il s’en empara avec vigueur et se mit à la manger, déchirant ses propres chairs avec une rage animale rarement vue chez un être humain. Mais étions-nous encore humains nous autres morts ?
Je m’éloignais du triste cirque offert par mes acolytes morbides et me dirigeais vers le lieu des exactions les plus surprenantes. Sur un tapis de vermine, des couples ivres de morts et d’absinthe copulaient, écrasant de leurs faibles poids les larves blanches en une purée blanchâtre où disparaissaient germes et scrofules. L'aléatoire bouillis perlait sous les reflets des flammes accrochées aux murs. Les défunts souriaient. Plaisirs vicieux et improbable dans les jupes de la Mort. Je vis clairement leurs corps ballonnés s’adonner aux turpitudes les plus ineffables à mes yeux d’enfant. Bien sur, je savais ce qu’étaient les choses de l’amour car nous autres orphelines avions rarement le privilège de conserver notre pucelage jusqu’à l’âge requis… Aux murs étaient accrochées des chaînes tandis que dans l’âtre lointaine chauffait des fers. Les hommes et femmes présents dans cet antre fatal semblaient encore vivants. Sans doute devait-ils êtres fraîchement morts… D’autres semblaient plus anciens au regard de la couleur verdâtre de leurs chairs. Les oreilles noires, les lèvres sèches et bleues, leurs dos et fesses présentaient de nombreuses escarres assombrissant le teint diaphane de la peau. Tout n’était que nécrose, putréfaction. Horrible. Les couples faisaient l’amour sur ces tapis de larves, les ventres éclatés laissaient voir toutes les escouades immondes glissant entres les intestins en une danse molle, ondulatoire. Et sous les cris, sous l’extase, l’on pouvait percevoir le frottement humide des vers qui eux-même s’accouplaient dans les méandres sanglant de la pourriture.
Les odeurs devenaient insoutenables, se teintant de sperme et de pus. Les corps suppuraient, mouvant à l’image des parasites faisant festins de leurs chairs.
__Regarde, une gamine ! Ça ne te tente pas ? Commenta une femme en tournant son visage ravagé vers moi
__Elle n’est plus très fraîche ! Regarde ses jambes ! Elles sont noires de nécroses. Je peux la renifler d’ici !
__Maintenant que tu peux enfin asseoir tes penchants pour les enfants, tu vas faire ton difficile ? Aller, prends là !
La femme se retira, beugla en sentant son bras se dérober alors que son conjoint marchait dans ma direction.
__Non ! Non ! NON ! Je ne veux pas ! Hurlais-je à mon tour.
Mes jambes refusaient d’avancer, de courir, refusaient de m’obéir. Je voyais son sexe luisant de strumes défier l’apesanteur. Cette hampe droite et fière venait vers moi pour me perforer et remonter en moi jusqu’au cœur. Je ne connaissais que trop ces vices là et je ne voulais pas recommencer, ne pensant surtout pas que même dans la mort, l’opprobre me poursuivrait.
__Viens par ici petite ! Viens goûter la liqueur âcre et avariée de mes entrailles. Je veux perforer ton corps, dégingander tes boutons de rose, jouir de tes viscères, sentir vers et humeurs glisser le long de mon appendice.
__JAMAIS !
Je me mis à courir dans le dédale voûté, tachant de voir la lumière, le jour et ses merveilles. Je voulais les cieux, suppliant un Dieu auquel je n’avais jamais crû jusqu’alors. Je sentais mes pieds se fracturer en heurtant le sol dur comme marbre, les caillasses s’enfonçant dans mes chairs molles. Les enfants continuaient de se battre pour dévorer la main de leur semblable.
__Viens ! Suis-moi ! Donne leur ta main ! Dépêche-toi ! Dis-je en attrapant le bras ensanglanté de mon compère.
Il peina à se lever mais à me voir si vivante dans ces ténèbres, il se mit à courir lui-aussi oubliant ses douleurs et son membre amputé.
__Regarde, de la lumière là-bas !
Derrière nous, les cris des hommes et femmes lubriques, leurs sexes se ballottant dans la frénétique course des catacombes. Nous manquions tous de glisser sur les ossements et sur les liquides s’échappant des voûtes. Nos cœurs dévorés par les rats battaient à tout rompre et c’est épuisés, les os en miettes que la lumière nous happa, nous menant loin des créatures lubriques et vaines.
¤¤¤
Un chœur magistral d’hommes et de femmes nous accueillirent tandis que nous essayions de nous mettre debout. Devant nous, le public. Sous nos pieds, la scène. Je me tournais vers mon nouvel ami et lui prit la main.
__Comment t’appelles-tu ?
__Nicolas et toi ?
__Camille. Viens, saluons le public et allons-nous-en. Fuyons le regard des autres. Je veux être seule avec toi à regarder la lune.
Nous tirâmes la révérence, main dans la main sous les acclamations du public puis courûmes jusque dans les coulisses. Le vent s’infiltrait à travers les planches tandis que nous galopions dans les coursives étroites et bientôt, l’odeur des poudres et des talcs disparut pour laisser place au parfum acerbe de l’urine de rat. Mes poumons filamenteux se gonflèrent de l’effluve putrescent de quelques cadavres de rongeurs relevés par la moisissure des planches.
A mesure que j’avançais dans ce labyrinthe, les rideaux des loges pourtant normalement rouges devenaient au rythme de ma progression, étrangement sales, recouvert d’une couche de poussière épaisse et gluante. Les araignées se trouvaient maîtresses des lieux, tapissant leurs sucs gluants dans les recoins de velours.
Je m’arrêtais, consciente d’avoir perdu Nicolas depuis un bon moment.
__Nicolas ! Nicolas ! Réponds-moi ! Où es-tu ?
Aucune réponse. Je me retournais lentement, ayant peur de ce que je pourrai découvrir. Rien. Le néant. L’obscurité totale. Pas même un seul bec de gaz pour éclairer ces ténèbres.
__Alors petite, on voulait se faire la belle ? Entonna une voix d’homme.
Je reconnus les couinements de sa femme, cette animale concupiscente ayant concédé à me laisser sa place dans la caverne aux vices.
__Viens nous rejoindre ! Abandonne ce théâtre glauque où seuls les fauteuils t’écoutent. Avec nous, tu auras de la compagnie et de quoi t’affairer !…
__Lâchez-moi. Laissez-moi seule dans ma peine. Vous voulez me faire catin alors que je ne suis qu’une enfant. Laissez-moi avoir un semblant d’enfance, laissez-moi vouloir rire loin de vos problèmes d’adulte. Je veux grandir normalement sans que vous ayez à me forcer. Disparaissez !
Les cadavres s’effacèrent, tristes de devoir se séparer de leur jouet.
Je soupirais, lasse de toutes ces mésaventures. Je n’avais pas voulu de cette vie de mon vivant, pourquoi me poursuivre par delà la mort ?
Non, moi, je ne veux pas être l’une de ces libertines atteintes de syphilis. Moi, je veux être…
Merci d'avoir prit la peine de lire :)
www.myspace.com/arsaniit
www.myspace.com/seadem
"Pardonner, ce n'est pas oublier, c'est arrêter de souffrir......"

ccchhbbllooiinnggg !!! 

