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Messages [ 14 ]

Sujet : Donner corps -glauque dans le Nord de la France- ^_^

Voila ma toute dernière nouvelle. Je ne sais pas si elle va vous plaire mais moi je l'aime bien même si je développe une psychose depuis envers les gens du Nord ^_^ Y'avait un 59 devant moi toute à l'heure, je le traitais d'assassin! Le pauvre! en même temps, on dira que les 47 sont des cons, ce qui est vrai!

Par contre, il doit rester qqs fautes, donc n'hésitez pas à les faire remarquer, idem pour la syntaxe, idées, suggestions...
Bon voila, alors vous qui lisez cette nouvelle, vous penserez à moi quand vous vous perdrez dans le Nord... ^_^

                                Donner Corps

Ils vivaient ensemble depuis près de cinquante ans dans une vieille ferme le long de la nationale quarante et un. Un couple de vieillard aux apparences normales, lui refaisant sans cesse le film de sa vie avec des « et si ». Elle, rustre et matérielle.
    Jean ne sortait pas souvent et lorsqu’il daignait mettre un pied dehors, c’était pour faire ses courses au supermarché du coin. Il s’en allait alors avec sa femme et sa vieille R6, courir les landes perdues du Nord minier à la recherche d’un centre commercial. Les mornes plaines défilaient sous ses yeux vitreux, se voilant de temps à autre d’un éclair luisant de manière peu commune : celui du souvenir. Régulièrement, ses fantômes venaient le courtiser tandis qu’il conduisait. Le bruit de la mécanique ne parvenait pas à absorber ses pensées et la voiture avalait les kilomètres sans trop broncher, à l’image de Thérèse. L’air ribaud, peu enclin à la prose, ses grands yeux délavés affichaient quant à elle, les regrets d’une vie terne passée à l’ombre des cheminées de briques. Thérèse posa les mains sur sa jupe achetée entre deux bottes de carotte l’autre jour à Béthune et soupira longuement. Au dehors, le plat pays, couvé par des nuées de corbeaux et de bois disséminés ci et là. Encore au loin, quelques usines fumantes dans la grisaille d’un matin d’octobre.
Inlassablement, cela faisait vingt ans que les époux Guillemain empruntaient cette unique et même route pour se rendre à la ville la plus proche. Là-bas, ils retrouvaient cette vieille baltringue de Joël, arc-bouté sur sa pompe à essence et sa cuve à fuel jaunâtre, la pancarte Mobil pendant lamentablement dans le vide sous concert de croassements lugubres. La gnole lui servait de carburant et il n’était pas rare que le pompiste serve ses rares clients dans des états d’ébriété avancé. La R6 beige s’avança près de l’une des deux pompes et s’arrêta. Le regard torve de Thérèse effleurait celui aviné de Joël et les salutations d’usage en restaient là. Jean lui serrait la main sans même esquisser une moue dégoûtée en sentant la paume râpeuse et poisseuse de l’homme et rien qu’à les voir, Thérèse ne pouvait s’empêcher d’essuyer sa main à sa jupe, lissant le tissu fleuri sur ses genoux. La singulière musique lancinante du pistolet à essence cognant l’opercule de la voiture et le ronronnement dur de la machine sécurisait Thérèse. Dans quelques minutes, ils partiraient, après que son mari ait payé cet ivrogne de Joël. Le vent soufflait fort dans le Nord à cette période de l’année, et se n’était pas pour lui déplaire. Cela enlevait les odeurs ou du moins, les dissipaient quelque peu.
__Adieu Jean ! Le bonjour à ta femme ! Dit Joël en faisant signe en essuyant ses mains d’un chiffon peu communément graisseux.
__Salut jean-foutre ! Elle est dans la voiture Thérèse, hein !
      Thérèse se baissa un peu pour apercevoir l’homme et lui adresser un regard noir, cerné et ridé. La portière de son mari claqua et la voiture démarra en trombe sous les au revoir du pompiste.
__Il va mettr’ le feu à sa station à force de picoler comme ça !
__Possible Thérèse…Possible…
A nouveau, les yeux de Jean accusaient un brouillard sans nom où le vieillard se retrouvait confronté à ses souvenirs de gamin. Bien avant Marie et Bernard, ses enfants. Bien avant Thérèse. Bien avant son lourd secret. Lorsqu’ils jouaient, mômes, sur les talus de scories près des usines, les patrons les guettaient attendant que l’un d’entre eux ne fasse écrouler la pile pour pouvoir se plaindre aux gendarmes. Il avait tellement rit avec petit Louis, Gaston et Auguste que le présent lui laissait un goût amer. Il les avait enterrés il y a bien longtemps, une bonne dizaine d’année. Terrassés par les maladies, comme la silicose du houilleur. Ils en ont crachés des glaires jaunâtres, ils les ont gerbés leurs particules de poussière inhalées durant près de cinquante ans ! Et tout ça pour quoi ? Pour voir des terrils se momifier et leur patrimoine disparaître.
Et pourtant, lui, il les voit encore les gueules noires sortir du fin fond des entrailles, les yeux blancs, teintés de sang, regardant hagard le soleil déclinant. Ce n’est qu’une fois malade que tous avaient su à nouveau ce que signifiait le mot journée, eux qui ne connaissaient que la nuit et les ténèbres. Jean toussa, cracha dans son mouchoir à carreaux et appuya sur l’accélérateur pour doubler un vélo. Lui et sa femme dévisagèrent le cycliste derrière les vitres sales de la voiture et continuèrent leur chemin sans mot dire.
__Tu viens pas faire les courses avec moi ?
__Non. Tu sais très bien que j’ai d’autres chats à fouetter…
Thérèse grommela entre ses lèvres fines et continuellement pincées puis s’engouffra dans le magasin, armée de son cabas et d’un caddie. Jean attendit que sa femme soit à l’intérieur du monstre d’acier pour rallumer le moteur de la R6. Il alluma les phares et sortit lentement du parking. Le brouillard, qui ne s’était pas levé de la journée, devenait de plus en plus épais à mesure qu’il quittait la ville et les lumières peinaient, à certains endroits, à éclairer la route. Il aimait se promener dans la campagne environnante plutôt que devoir supporter Thérèse et ses monologues grinçant où elle dissertait sur les prix exorbitants de certains produits. Jean, lui, avait bien d’autres projets en tête. La voiture continuait d’avancer dans le manteau gris flottant au-dessus des champs en jachère et quelques minutes plus tard, il croisa le cycliste, peinant lui aussi à avancer dans la mélasse uniforme. Jean klaxonna et s’arrêta sur le rebord de la route en lui faisant signe.
__Hé, Ho ! Vous voulez que je vous emmène en ville ?
La sportive se rapprocha, laissant son vélo sur le bas-côté et répondit :
__Si cela ne vous dérange pas. J’avoue que j’ai peur de continuer sur cette route. Il suffit d’un chauffard pour que je finisse en pâture aux renards durant la nuit !
__Surtout qu’ils roulent vite par ici. Je manœuvre et on y va.
La jeune femme sourit et retourna chercher son vélo pendant que Jean effectuait un demi-tour en trois temps.
__Pauvre petite, je suis navré!
Jean accéléra tout à coup, braquant ses pleins phare sur la femme qui se trouva aveuglée et surprise. La Renault démarra en trombe et un bruit sourd d’os qui se brisent et de tôle cognée surgit dans le silence le plus opaque.
__Je suis désolé. Souffla Jean en se posant près du corps inerte de la victime. Ses longs cheveux bruns se trouvaient auréolés d’une tâche de sang rubis, fumant dans le froid. Seule la roue du vélo continuait de tourner, lentement.
Il se pencha et appuya son doigt sous le menton de la femme.
__T’es pas morte non !
A ces mots, il se saisit de sa tête et la tourna d’un coup sec. Le craquement des cervicales survint tandis que la roue cessait son lugubre cycle. Jean ramassa la cycliste et la déposa dans le coffre, sous une couverture puis il remonta. Thérèse n’allait pas tarder à finir ses courses et s’il n’était pas à l’heure, elle risquait fortement de lui passer un savon.
Sa femme attendait sous l’abri à caddie, le chariot chargé de courses. Elle semblait vraiment en colère et tripotait nerveusement les pans de son manteau, signe de grand énervement. Lorsqu’elle vit la Renault 6 s’embringuer sur le parking dévasté de la grande surface, elle se leva, raide comme un passe-lacet et scruta fixement les déplacements de la voiture à travers les allées.
__J’ai faillis attendre !
__Désolé, j’ai trouvé une cliente sur la route ! S’excusa t-il, penaud.
__Fais voir !
Jean sortit de la voiture en grommelant et ouvrit le coffre, veillant à ce que personne autour ne puisse en voir le contenu. Thérèse souleva la couverture à damier et tâta les joues de la jeune femme.
__Elle te plaisait, hein ? Avoue !
__Dans ce brouillard, c’est à peine si j’avais remarqué que c’était une femme !
Thérèse rabaissa la couverture en poussant un juron puis rangea les commissions sur le cadavre, veillant à ne pas violenter davantage le corps.

                            ***

__Dis, t’as vu, ils parlent de la fille que tu as tuée à la télé ! Elle n’avait que vingt-trois ans la pauvre petite ! Soupira Thérèse.
__Tu sais très bien que j’ai besoin qu’ils soient jeunes, je n’y peux rien !
__Tu es complètement fou mon pauvre Jean. Fou à lier !
__Tu ne peux pas comprendre, j’en ai toujours rêvé ! Répliqua Jean, des trémolos dans la voix.
« Le parquet a été saisi de cette affaire rejoignant d’autres mystérieuses disparitions dans le secteur de Béthune. En novembre 2004, Elodie Lacroix, vingt-six ans, a disparue près de Lens. Son corps n’a jamais été retrouvé. Puis Marie Tripoux, vingt-cinq ans, disparue dans les environs d’Illies, en octobre 2005. Depuis 2003, l’on compterait huit  disparitions n’ayant jamais été, à ce jour, résolues… »
Thérèse éteignit le poste de télévision et regarda Jean, ses grands yeux délavés et vitreux teintés de crainte et de peur.
__Ils vont fouiller la région !
__Ne te fais pas de bile, qui pourrait soupçonner deux vieux comme nous ?
Jean fit signe à Thérèse et monta se coucher. La journée qui s’annonçait promettait d’être particulièrement pénible.
Lorsqu’il se réveilla, le coq n’avait pas encore chanté. Les lueurs bleuâtres du soleil naissant dans le brouillard au-dessus des champs de pomme de terre et de la nationale conférait au paysage une dimension tout à fait particulière, presque morbide. Seul le chant des corbeaux venait briser le silence de l’aurore.
L’air s’engouffra dans la chambre à coucher où reposait encore Thérèse, plaquant méticuleusement son oreiller sur sa permanente. Les chiens grognèrent et se blottirent sur la descente de lit pendant que le vieux descendait faire ses ablutions et raser sa barbe à l’ancienne, équipé d’un blaireau et d’un couteau. Il toussa longuement, cracha un peu de sang dans le lavabo, frappant sa poitrine douloureuse comme si cela avait un quelconque effet positif sur son état.
Jean Guillemain savait très bien que ses mois lui étaient comptés et que bientôt il partirait rejoindre ses amis sous terre. Quarante ans dans la mine avait eu raison de ses poumons et malgré les drogues qu’il prenait pour se soigner, la maladie continuer d’avancer, inexorablement, le menaçant de ne jamais finir ce pourquoi il tuait de jeunes gens depuis près de quatre ans. Aujourd’hui, son regard était un peu plus expressif et moins triste que d’habitude. Il allait s’occuper de la petite nouvelle et récupérer les os de cette fille, tuée quelques semaines plus tôt. Elle était tombée en panne sur la route et ils l’avaient emmenée chez eux pour qu’elle puisse téléphoner. Un vrai petit cœur, à les remercier infiniment dans la voiture, à leur dire qu’ils lui rappelaient ses grands-parents…Jean avait eu du mal à l’assassiner mais hélas, elle avait la morphologie idéale pour ce qu’il recherchait.
Alors il s’était emparé d’un gourdin et l’avait frappée. Un seul coup. Sec. Un craquement et son petit corps frêle tomba au sol…
Il enfila son bleu et parti dans la grange donner à manger aux quelques poules et oies reposant encore sur la paille. En dépit du froid, une forte odeur s’élevait de derrière le bâtiment. Jean contourna la grange et s’avança en direction du grand baquet qu’il avait récupéré chez d’anciennes teinturières, des années auparavant. Dans de la javel et de l’eau, reposaient des ossements, se débarrassant progressivement de leurs gangues de chairs. Jean attrapa la plus grosse écumoire qu’il avait réussie à trouver et récupéra les os flottants à la surface puis les déposa dans l’herbe grasse.
Les odeurs émanant du baquet ne parvenaient plus à lui donner des hauts le cœur comme au début de ses affaires, même à six heures du matin après une nuit de jeûne. Il essuya un cubitus dans un chiffon gras et le contempla sous le soleil naissant. L’os était bien blanc, débarrassé de tout ce qui entravait jadis, sa beauté.
Il le mira, finissant d’essuyer les quelques gouttes rougeâtres glissant le long de cette ivoire précieuse. 
__C’est terminé pour elle ? Demanda Thérèse en appliquant un mouchoir sur sa bouche.
__On dirait bien, regarde cette merveille !
Jean tendit l’os à sa femme mais celle-ci se recula en le repoussant.
__Je ne touche pas ça moi ! Je vais préparer la daube pour midi.
__C’est ça, c’est ça… répondit Jean d’un air absent, trop occupé à contempler ce qu’il tenait dans les mains.
Il vida l’eau saumâtre du baquet et acheva de récupérer les os. Puis ils les emmena dans la grange et les essuya tous un par un, veillant à partager ceux qu’il utiliserait et ceux qu’il enterrerait dans le champ, près de la fosse sceptique.
Lorsqu’il les triait, plus rien ne comptait. Leurs poids, leurs tailles, leurs formes, leurs aspérités, il traquait l’os le plus beau, le plus parfait, comme un amateur d’art comparant d’antiques bibelots. La jeune cycliste tuée la veille lui fournirait les petites connexions anatomiques dont il avait besoin pour parachever parfaitement ce qu’il appelait son œuvre. Lorsqu’il eut fini de faire le tri parmi les os récupérés dans le baquet de javel, le vieil homme se leva et déposa les élus dans une caisse matelassée confectionnée par ses soins. Puis il alla dans la grange s’occuper de la jeune femme, la vidant, la dépeçant, coupant mains et pieds et débitant ses différents membres avec autant de facilités que s’il eut s’agit de quartiers de bœufs. Le sang lui gliclait régulièrement au visage mais pas une seule moue de dégoût ne venait troubler le calme et la quiétude sinistre de son visage. Il rasa minutieusement les cheveux de la morte et les déposa au sol avec la plus grande précaution, veillant à ne pas les emmêler. Il remplit un baquet d’eau bouillante et de javel plus petit que le précédent et y plongea quelques petits membres encore partiellement garnis de chair.
__Tu as fini tes affaires ? Demanda sa femme depuis la fenêtre de la cuisine.
__Oui. La petite trempe dans le bac. J’arrive.
Thérèse dévisagea son mari d’un œil noir et posa la daube fumante sur la table. Et comme depuis trente ans, ils mangèrent sans se regarder, fixant le fond de leur assiette en écoutant le lourd balancier de la grande horloge du salon.

***

Dans la ferme des Aubas, les chiens étaient gras et les coups de scie réguliers. La grange se faisait le théâtre sonore de meuleuses, raboteuses, tournant à toutes allures. Jean se tenait courbé au-dessus de ses machines infernales, le haut de son bleu de travail enroulé autour de la taille. Bien qu’il fasse froid dans cette partie de la France, les suées le prenaient à chaque fois qu’il se mettait à manipuler ce matériau si fragile qu’était l’os. Les mains noires de Jean frémissaient en sentant son contact lisse et froid et lorsqu’il commençait à travailler la si précieuse matière, quel n’était pas son bonheur. Il ne bougeait pas de la journée, ponçant invariablement, arquant l’os sur les plans dessinés de son œuvre. Durant les beaux jours, Thérèse augmentait le volume sonore de la télévision pour cesser d’entendre le grésillement aigu des machines tandis qu’elle aérait la maison. De la cave où se tenait ce qui le gardait encore en vie envers et contre la maladie, refoulait parfois des odeurs fauves provenant des cuirs chevelus arrachés aux victimes. Il les avait bien mit dans une malle mais les effluves des chairs nécrosées persistaient à passer à travers le plastique et venaient pernicieusement se greffer sur le papier peint du séjour, de la salle à manger ou encore des chambres.
Thérèse puait, Jean puait. Tout chez eux avait cette odeur putride de la chair décomposée, des humeurs viscérales noirâtres qu’ils avaient apprit à connaître. La mort ne possédait plus aucun secrets pour eux.
Un beau jour de mars, une voiture de police s’arrêta devant la maison des Guillemain. L’inspecteur, un type bedonnant et à la petite moustache raide et grisâtre sortit du camion, contemplant les champs alentours. C’était sa dernière affaire avant de prendre sa retraite aussi avait-il l’intention d’expédier la patrouille de la région. Tandis qu’il appuyait sur la sonnette, son petit escadron personnel se mit à fouiller nonchalamment la ferme et la grange, attendant de pouvoir pénétrer, si besoin est, à l’intérieur de la maison.
__Monsieur Guillemain ? Ouvrez, c’est la police !
Thérèse, secouée de larmes, se tenait pathétiquement au bras de son mari.
__N’ouvre pas ! Ils vont finir par partir… Supplia t-elle.
__Oui ? C’est pourquoi ? Demanda Jean en jouant de son grand âge tout en ouvrant la porte.
Jean s’excusa auprès des policiers et toussa bruyamment tout en montrant clairement le sang maculant sa manche de chemise.
__Madame, Monsieur, nous effectuons des opérations de contrôle dans la région suite aux dernières disparitions. Avez-vous remarquez quelque chose de suspect dans le secteur ?
Le gendarme intrigué observait le curieux manège des deux vieillards tandis que certains de ses hommes patrouillaient tout autour de leur propriété.
__Non monsieur, nous n’avons rien remarquer de particulier. Vous savez, c’est plutôt calme dans ce coin de la région !
__Chef, venez voir ! Cria l’un des gendarmes
L’enquêteur fit signe aux époux de rester à leur place en les regardant suspicieusement comme l’incombe sa tâche et partit rejoindre le jeune flic. Celui-ci se tenait près des baquets, vidés depuis, mais exhalant encore un vague parfum de charogne. Quelques petits ossements reposaient à côté des deux cuves. L’officier s’en saisit d’un et l’observa.
__Croyez-vous qu’il puisse s’agir d’ossements humains, chef ?
__La balistique nous le confirmera ! Répondit-il en enveloppant le fragment d’os dans un sachet en plastique. Il nous faut un mandat, nous ne pouvons pas fouiller toute la ferme !
Les policiers retournèrent voir le couple Guillemain sans mentionner leurs trouvailles puis s’en allèrent, laissant les vieillards les regarder partir depuis le perron de la maison.
__Ils ont trouvés !
__Ils doivent penser que ce sont des os de bête ! Ne t’inquiète pas !
Mais Jean était anxieux. Il savait très bien que les policiers ne tarderaient pas à revenir avec toute la cavalerie. Il ne lui restait que quelques heures pour achever son œuvre. Il congédia Thérèse dans la cuisine et descendit à la cave. Là, il la retrouva, magnifique dans la faible clarté lumineuse provenant du soupirail ouvert sur le rez-de-chaussée de l’habitat. De pales lueurs blanchâtres venaient conférer à l’ensemble une dimension cipolin, presque surnaturelle. Les os brillaient, savamment agencés les uns dans les autres pour servir l’œuvre. A côté, un métier à tisser où les trames étaient faites de cheveux. Jean effleura les os du bout des doigts, fébrile, la larme à l’œil puis s’assit, continuant inlassablement de faire tourner la manivelle pour tresser les cheveux entre eux. Il dégagea les mèches noires et soyeuses de sa dernière victime et les posa sur le métier. Les crins glissaient lentement sur le bois tout en prenant corps petit à petit. Plus que quelques cordes à créer et tout serait finit.
Deux jours durant, il ne sortit de la cave que pour effectuer ses besoins naturels et manger en expédiant ses repas. L’œil non plus rivé sur son assiette mais sur la fenêtre, s’attendant à voir surgir les policiers d’un instant à l’autre, il tapait nerveusement le sol de ses pieds. Puis il redescendait à la cave et malgré l’air vicié, il ne pouvait s’empêcher de travailler. La dernière corde tressée, il la porta jusqu’à son œuvre d’os et de toisons brunes et l’y attacha soigneusement, la reliant à une phalange avec du fil de nylon.
Une vie à l’espérer, à la rêver. Quatre ans pour la concrétiser. Et elle était là, fin prête, devant lui. Il déplaça le tabouret du métier à tisser et s’assit face à son œuvre. Elle était si blanche, si délicate. Ses doigts approchèrent le crin noir tenant lieu de corde et il joua durant de longues minutes, emporté par la petite musique… L’éternité lui appartenait enfin.
Pendant une semaine, il ne cessa de jouer, de la polir inexorablement, l’embrasser de ses lèvres fines et râpées. Personne n’avait jamais pu comprendre sa passion et ce rêve de donner corps à un instrument, lui donner une âme réelle. Les quintes de toux se succédaient, toutes plus violentes les unes que les autres, plus sanglantes aussi. Il se cramponnait à son œuvre, pleurant de n’avoir guère plus de sursis pour l’utiliser et la chérir comme le mérite ce rêve d’une vie. Thérèse n’avait jamais comprit cette étrange passion et regardait son œuvre avec l’indifférence la plus totale.
__Je ne vois pas ce que ça te rapporte de faire ça ! Lançait-elle froidement en déposant un bol de soupe sur son établi, au milieu de la poussière d’os.
Et lui ne répondait rien, se contentant seulement de reluquer, scruter, contempler son rêve.
Fin mars, plusieurs voitures firent crisser le gravier de la cour. Il les avait vaguement entendus, et s’en moquait éperdument. Il s’accrocha à son œuvre et glissa jusqu’au sol, secoué comme toujours par la toux, ses poumons jouant la cavalcade en brûlant dans sa poitrine. 
__Thérèse Guillemain, vous êtes en état d’arrestation pour meurtre de huit jeunes gens. Tout ce que vous direz pourra être retenu contre vous. Où se trouve votre mari, madame ?
__Dans la cave…
Ils le trouvèrent allongé au pied d’une haute harpe d’une blancheur cipolin, faite d’os et de cheveux, étincelante dans la faible lumière du jour.
Il était mort en la serrant du mieux qu’il le pouvait, yeux révulsés, du sang au coin de la bouche, un vague sourire adoucissant un visage aux rides comme autant de sillons crées par ses larmes.

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"Pardonner, ce n'est pas oublier, c'est arrêter de souffrir......"

Re : Donner corps -glauque dans le Nord de la France- ^_^

Encore une fois génial !Bon j'allais dire un truc mais ça risque de dévoiler l'histoire sinon rien à dire il me semble avoir vu une faute mais je sais plus ou mais sinon super bon j'ose pas  dire que je connaissais la fin dès la moitié de la nouvelle sinon tu va me taper dessus !
En tout cas encore une idée originale, j'adore te lire !!! bisou-1ok

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Re : Donner corps -glauque dans le Nord de la France- ^_^

Magnifique texte, comme toujours ! Je suis du même avis, te lire est toujours un plaisir.  Très originale, j'aime beaucoup.

[ Bang, Bang, You're Dead ]

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Re : Donner corps -glauque dans le Nord de la France- ^_^

Lol LestatXIII, je ne vais pas te taper dessus mais il faut absolument que tu cesses de pénétrer mon cerveau parce que ça fait quelques nouvelles où tu prévois tout! ^_^ Bon, faut que j'en fasse une où tu vois absolument rien venir. J'ai cinquante ans pour le faire! Aja Bashaa Fighting!!! Je l'aurai un jour, jlaurai!

@Intensity: merci beaucoup, c'est gentil!!! et ça me fait tout autant voire plus plaisir de lire vos commentaires!

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"Pardonner, ce n'est pas oublier, c'est arrêter de souffrir......"

Re : Donner corps -glauque dans le Nord de la France- ^_^

Oxy a écrit:

Lol LestatXIII, je ne vais pas te taper dessus mais il faut absolument que tu cesses de pénétrer mon cerveau parce que ça fait quelques nouvelles où tu prévois tout! ^_^ Bon, faut que j'en fasse une où tu vois absolument rien venir. J'ai cinquante ans pour le faire! Aja Bashaa Fighting!!! Je l'aurai un jour, jlaurai!

hontehonte désolé

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Re : Donner corps -glauque dans le Nord de la France- ^_^

rire-1 rire-1 t'excuses pas, ça me fait faire de l'exerrcice -enfin plus à mes méninges mais bon...- je ne desespère pas de pouvoir un jour te surprendre! ^_^

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"Pardonner, ce n'est pas oublier, c'est arrêter de souffrir......"

Re : Donner corps -glauque dans le Nord de la France- ^_^

T'y arriveras j'en suis sur ok

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Re : Donner corps -glauque dans le Nord de la France- ^_^

tiens ça me rappelle ces articles que tu nous as montré dans ton magazine princesse

comme d'habitude ta plume n'a d'égale que l'immensité céleste!
je ne vais pas me noyer à nouveau en compliments évidents, je dirais juste: amoureux-1

Dernière modification par yroenn (22/08/2007 03:54:52)

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Re : Donner corps -glauque dans le Nord de la France- ^_^

Merci mon chaton. Et ne fais pas de compliments, tu sais que j'ai du mal et même si j'ai du mal à rougir malgré mon bord politique, ça me met mal à l'aise mais je te remercie vraiment d'avoir lu.

et oui, cette nouvelle a été quelque peu inspirée par l'histoire d'Illiers que je t'ai lue. Vive la diligence de la nationale 41... tsss, pétés du casque!

au fait, j'adore ton nouvel avatar... la motte de président mwah ah ah !!!

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"Pardonner, ce n'est pas oublier, c'est arrêter de souffrir......"

Re : Donner corps -glauque dans le Nord de la France- ^_^

Je ne t'avait jamais lu...choque-1faut dire que j'ai pas beaucoup de courage quand je vois toutes ces lignes étroitements serréesgrand-sourire-1. Mais pourtant j'ai tout lu sans m'en rendre compte. C'est vraiment très bien écrit et pas qu'un peu original. J'aiiiiimeamoureux-1amoureux-1amoureux-1

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Re : Donner corps -glauque dans le Nord de la France- ^_^

Merci beaucoup amie Belge!! je suis contente d'avoir un post de ta part! et d'autant plus que tu as appréciée ce que j'avais pu écrire!! merci beaucoup !!!! tant d'avoir aimé que d'avoir lu! bisou-1 bisou-1 bisou-1

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"Pardonner, ce n'est pas oublier, c'est arrêter de souffrir......"

Re : Donner corps -glauque dans le Nord de la France- ^_^

Je fais un copier-coller pour pouvoir le lire tranquillement chez moi, sans avoir le compteur internet qui tourne, et je t'en dirais quelques mots plus tard (sur msn, voir sur ton propre blog) ^^.

La fabuleuse histoire d'un déchet humain.

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Re : Donner corps -glauque dans le Nord de la France- ^_^

Dispose, dispose donc... ^_^ ça fait longtemps que t'a pas lu quelque chose venant de ma papatte. A vrai dire, les cours de moderne aidaient bien... mais maintenant...arf... en fait, ça va me manquer ça tiens! Bah t'a qu'à me répondre ici, je transvaserais sur le blog ^^ bonne lecture! bisou-1 et merci!

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Re : Donner corps -glauque dans le Nord de la France- ^_^

Oh, mais c'est moi qui doit te remercier ma zolie Oxy!!!! quand j'aime, je le dis, voila^^et j'aime!bisou-1

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